Préserver et nourrir le Jing
Ce conseil correspond à un diagnostic précis en médecine chinoise. Si vous n'êtes pas sûr·e qu'il corresponde à votre terrain, il vaut mieux ne pas le suivre seul·e — prenons rendez-vous, on regardera ça ensemble. Je ne suis pas responsable des conséquences d'une utilisation sans accompagnement.
Le Jing est la réserve profonde. C'est ce que nous recevons à la naissance, ce qui gouverne la croissance, la maturation, la fertilité, puis le vieillissement — et ce qui, une fois dépensé, ne se reconstitue pas facilement. Les Reins l'abritent. Il engendre les moelles, et les moelles remplissent le cerveau : c'est pourquoi une réserve entamée se manifeste autant par la mémoire et la concentration que par les lombes ou les cheveux.
Il faut le dire d'emblée, parce que cela oriente tout le reste : le premier soin du Jing n'est pas de le remplir, c'est de cesser de le dépenser. On ne recharge pas la réserve reçue à la naissance. Ce qu'on peut faire, en revanche, est considérable : renforcer la source quotidienne — ce que la digestion tire des aliments et de la respiration — pour que les besoins du jour soient couverts par le jour, et non prélevés sur le capital.
Cette fiche sert donc deux situations très différentes. Celle d'une constitution modeste, reçue telle quelle, qu'il s'agit de ménager. Et celle d'un épuisement acquis — par un surmenage prolongé, physique, psychique ou sexuel, par une maladie longue, par des années sans récupération réelle. Cette seconde situation se rencontre le plus souvent chez les personnes âgées, mais aussi chez des personnes jeunes.
Signes (pas besoin de tout avoir) : lombes et genoux courbaturés, mous, sans force, parfois froids ; acouphènes, baisse de l'audition ; pertes et trous de mémoire, difficulté de concentration ; cheveux qui tombent facilement ou blanchissent tôt, dents fragiles ; baisse de la libido, difficultés de fertilité ; fatigue de fond que le repos ne comble pas, sensation d'avoir vieilli plus vite que son âge, frilosité, vertiges, sommeil non réparateur.
À privilégier
Les aliments qui nourrissent le Jing sont, dans la tradition, des aliments denses, concentrés, porteurs de vie — ce qui contient le germe, la moelle, l'œuf.
- La noix, en tête de liste : elle tonifie les Reins et consolide le Jing. C'est, avec le fenugrec, l'un des deux seuls végétaux que la tradition reconnaisse explicitement comme tonique de la Quintessence. À éviter en cas de syndrome de chaleur.1
- Le fenugrec, qui nourrit et renforce le Jing. À éviter pendant la grossesse.1
- La chair de poulet, qui tonifie le Jing et produit la moelle — et tiédit en même temps le foyer moyen, donc soutient la digestion qui doit assimiler tout le reste.1
- Les rognons de bœuf ou de mouton (le rognon de porc, de nature froide, ne tonifie pas la Quintessence).1
- La moule séchée, et plus largement les coquillages
- Les bouillons d'os longuement mijotés, qui apportent ce que la tradition considère comme le plus proche de notre propre substance. À consommer régulièrement plutôt qu'en grande quantité.
- La châtaigne, qui tonifie les Reins, la Rate, le Sang et les tendons
- Les œufs, notamment de caille, et les œufs de poisson quand vous en avez l'occasion
- Les graines et fruits à coque : sésame noir, graines de courge, graines de lotus
- Les aliments noirs : haricots noirs, riz noir, mûres noires, baies de goji
- Les céréales complètes, en particulier le millet
⚠️ Pour les viandes, les abats et les os, choisissez impérativement du bio. Le foie et les rognons sont les organes qui filtrent, et les os sont ceux qui stockent : ils concentrent donc ce que l'animal a reçu — résidus d'antibiotiques, de pesticides, métaux lourds. Mieux vaut en consommer moins souvent, mais bien.
Un principe plus important que la liste : ces aliments demandent d'être bien cuits et bien assimilés. Un aliment riche mal digéré ne nourrit rien — il encombre. Mieux vaut un bouillon simple pris régulièrement qu'un aliment prestigieux que votre digestion ne suit pas.
Si vous êtes végétarienne
L'œuf devient ici la pièce maîtresse. C'est, dans la tradition, l'aliment porteur de vie par excellence — et il reste pleinement disponible.
- Les œufs, sous toutes leurs formes, et particulièrement les œufs de caille, classiquement les plus toniques
- Le sésame noir, à consommer régulièrement plutôt qu'occasionnellement : en purée, moulu sur les plats, en soupe sucrée
- Les noix, châtaignes, graines de courge, graines de lotus
- Les haricots noirs, le riz noir, les mûres noires, les baies de goji
- Le millet, et les céréales complètes bien cuites
- Les bouillons longs de légumes racines et de champignons séchés, mijotés plusieurs heures, qui remplacent en partie le bouillon d'os
Si vous êtes végane
Il faut le dire honnêtement : dans le cadre chinois, nourrir le Jing sans produits animaux demande plus de constance, parce que les toniques classiques sont précisément les aliments les plus denses du règne animal. Ce n'est pas impossible, mais cela repose davantage sur la régularité que sur la richesse de chaque repas.
- Le sésame noir devient le pilier. Une à deux cuillères par jour, moulu ou en purée, sur la durée.
- La trémelle — ce champignon blanc gélatineux, aussi appelé champignon des neiges — est le meilleur substitut classique aux substances gélatineuses animales. Elle se prépare en soupe, souvent légèrement sucrée.
- Les champignons en général : shiitakés, oreilles de bois, séchés puis longuement mijotés
- Les haricots noirs, le riz noir, les mûres, les baies de goji
- Les noix, châtaignes, graines de courge et de lotus, en quantité régulière
- Le tofu et le tempeh, qui nourrissent le Yin
- Le millet et les céréales complètes
⚠️ Un point de vigilance qui compte particulièrement ici. La carence en vitamine B12 est quasi systématique chez les personnes véganes non supplémentées, et elle provoque exactement les mêmes signes qu'un vide de Jing : troubles de la mémoire, difficultés de concentration, fatigue de fond. Une supplémentation en B12 n'est donc pas optionnelle, et si des signes neurologiques sont présents — fourmillements, troubles de la sensibilité — parlez-en à votre médecin sans attendre.
À éviter
- Les excitants pris pour tenir — café, boissons énergisantes. Ils ne créent pas d'énergie : ils mobilisent la réserve.
- L'alcool, qui épuise et désorganise le sommeil profond, celui qui restaure
- Le froid et le cru en excès, qui obligent l'organisme à dépenser pour réchauffer ce qu'il reçoit
- Les régimes très restrictifs et les jeûnes prolongés dans les périodes d'épuisement
- Les repas irréguliers ou sautés, qui affaiblissent la source quotidienne et forcent à puiser dans la réserve
Mode de vie
- Le sommeil est le premier tonique du Jing, avant tout aliment. Se coucher tôt, idéalement avant 22h — une nuit courte se paye sur la réserve.
- Ne pas puiser dans la fatigue. Le signal de fatigue est une information, pas un obstacle à contourner.
- La modération dans l'activité sexuelle est, dans la tradition, un point central de la préservation du Jing — particulièrement en période de fatigue, de convalescence ou après un accouchement.
- Garder les lombes, les pieds et la nuque au chaud. Le froid sur les lombes atteint directement la région des Reins.
- Préférer les pratiques régulières et modérées — marche, qi gong, étirements — aux efforts intenses et épuisants.
- L'hiver est la saison du stockage. C'est le moment de dormir davantage, de ralentir, de manger chaud et cuit.
Astuce
La réserve ne se reconstitue pas par un effort ponctuel mais par la suppression des fuites. Avant d'ajouter quoi que ce soit à votre alimentation, repérez la fuite principale : les nuits trop courtes, le café qui remplace le repos, les semaines sans jour d'arrêt. Colmater celle-là fera plus que tous les aliments de la liste ci-dessus.
Sources
- Dr J.M. Eyssalet, G. Guillaume, Dr Mach-Chieu, « Diététique énergétique et médecine chinoise » (Guy Trédaniel éditeur, 2005), p.264-265, complété par p.164-167, 259, 400, 415, 429, 466-467